21 février 2013

 

Un cinéaste inconnu mais opportuniste grimpe à sa grue médiatique

 

Est-ce pour mieux vendre son film au titre pour le moins partisan "La domination masculine" et au risque de relancer la guerre des sexes, qu'un obscur cinéaste qui signe Patric Jean développe sur internet son fantasme de complot international anti-féministe ?

Faisant suite à l'histoire de ce père juché sur une grue à Nantes, son texte est repris par de nombreux sites d'actualités qui ont failli rester sérieux jusqu'au bout. Il rapporte les positions d'un groupe marginal de Canadiens qu'il aurait infiltré et qui apparaît bien être en réalité un ramassis de tarés à moitié débiles, totalement inconnu de nous.
Le malheur est qu'il commente de façon peu honnète ces positions aberrantes en créant abusivement un parallèle avec les papas français qui, eux, souffrent simplement de ne pouvoir suffisamment voir et aimer leurs enfants. Au lieu de se contenter de faire objectivement tourner le moteur de sa caméra, il fait tourner son imagination fantasmatique et paternophobe et accouche de commentaires délirants.

Ainsi, l'auteur prétend, sans aucun élément, que l'affaire de Nantes, qui a pris au dépourvu tout le monde, y compris SOS PAPA et bien d'autres associations de pères, s'inscrit dans un hypothétique complot international :

"Lorsque j'ai infiltré ces mouvements à Montréal, j'ai pu entendre dans les moindres détails la stratégie que ces militants de la cause masculine désiraient mettre en place sur le plan international. Cette affaire des grues de Nantes en fait partie et n'est en rien un coup de folie d'un père isolé. C'est un long travail politique qui n'en est qu'à son début."

Il tente ensuite un micro-essai philosophique, assez grotesque, en introduisant un vocable ridicule : "masculinisme" qui se veut sans doute insultant.

"Mais tout d'abord, qu'est-ce que le masculinisme ? Il s'agit d'une mouvance également nommée "anti-féminisme", qui propose le rétablissement de valeurs patriarcales sans compromis : différenciation radicale des sexes et de la place de l'homme et de la femme à tous niveaux de la société, suprématie de l'homme sur la femme dans la famille, mais aussi la conduite de la cité, défense du couple hétérosexuel très durable comme seul modèle possible, éducation viriliste des garçons et donc refus de toute égalité des femmes et des hommes. Ils nient l'importance des phénomènes de la violence conjugale, de l'inceste et du viol, qui seraient des inventions des féministes, que certains d'entre eux nomment "fémi- nazis".
Ils considèrent les avancées des luttes de femmes et des homosexuels en vue de l'égalité comme une destruction du modèle social sur laquelle il faut revenir. Le divorce étant beaucoup plus souvent demandé par les femmes, ils espèrent un durcissement des conditions de son obtention. Leur lutte est donc celle de la défense du pouvoir masculin ancestral à tous niveaux de la société."

Un crime vieux de 23 ans perpétré par un psychopathe au Canada est même ressorti d'un tiroir poussièreux pour alimenter le délire. Nauséabond !

"C'est au nom de ces idées rétrogrades qu'un jeune homme a massacré quatorze étudiantes de l'école polytechnique de Montréal le 6 décembre 1989, estimant qu'elles prenaient la place des hommes. Le tueur est ensuite devenu le héros des masculinistes les plus "décomplexés"."

On a du mal à comprendre ce que vient faire ce brûlot à la suite de l'actualité du père de Nantes. Des relents réactionnaires polluent-ils certaines rédactions pour dénaturer ainsi la juste cause des papas qui souffrent d'être tenus à l'écart de leurs enfants ?
Quoi qu'il en soit, ce genre de commentaire entrave un saine évolution des relations entre les sexes, entre parents. Il jette de l'huile sur les feux de la guerre des sexes qui persiste ici ou là chez divers extrémistes. Reste-t-il donc si difficile de nos jours de mettre en oeuvre dans la sphère privée familiale ce que concluait Simone de Beauvoir dans son cèlèbre ouvrage : "...il est entre autres nécessaire que par-delà leurs différenciations naturelles hommes et femmes affirment sans équivoque leur fraternité." ?