Septembre 2003

La « stabilité » dont a besoin l’enfant

Par Michel THIZON, président-fondateur de SOS PAPA

La loi du 4 mars 2002 instaure la possibilité de résidence alternée d’un enfant chez chacun de ses parents séparés.

Depuis la promulgation de cette loi, les adversaires de la résidence alternée invoquent souvent la nécessité d’une « stabilité » pour l’enfant : « L’enfant, surtout jeune, a besoin de stabilité, la résidence alternée est donc déconseillée.»

L’argument est des plus fallacieux qui soit.

Qu’est-ce qui caractérise donc cette stabilité ou cette instabilité ?

Est-ce une situation instable pour un enfant de passer des bras de sa mère aux bras multiples des assistantes maternelles de la crèche tous les matins, puis de changer inversement le soir ?

Est-ce de l’instabilité de passer, tout jeune, alternativement de chez sa mère à l’école maternelle, puis chez une nourrice les mercredis après-midi, parfois chez les grands-parents tout un week-end et enfin chez une voisine ?

Est-ce donc déstabiliser l’enfant que de le conduire de façon improvisée et désordonnée tantôt chez la vieille tante, tantôt chez le pédiatre, chez l’épicier, le boulanger, au jardin public ou en vacances ?

En quoi cela serait-il moins « stable » pour l’enfant de passer de chez sa maman, après une semaine bien régulière, à chez son papa qui habite à proximité, dans un environnement bien stable auquel l’enfant est bien habitué ?

Car la confusion est entretenue de façon assez perfide entre régularité et stabilité qui est un concept purement physique d’immobilité.

Ces arguments sont polémiques, de mauvaise foi et sont mis en avant uniquement pour justifier de façon occulte une discrimination à l’égard du père, sachant qu’en invoquant « l’instabilité » la garde du jeune enfant sera assurément attribuée de façon exclusive à la mère.

Une autre argumentation hostile est apparue récemment. La résidence alternée ne serait pas bonne pour les jeunes enfants qui devraient rester ...chez leur mère, le père devant se contenter d’une « alternance progressive » jusqu’à l’âge de six ans. Il ne serait ainsi pas bon qu’un enfant « dorme chez son père ». Curieusement, il n’apparaît pas mauvais pour ces mêmes idéologues que l’enfant jeune puisse dormir chez sa nourrice, ou d’ailleurs chez quiconque autre que son père...

La stabilité, pour un jeune enfant, c’est avant tout la permanence, la régularité de son environnement affectif, le fait qu’il se sente en sécurité dans les bras ou à côté des quelques personnes qu’il connaît bien, auxquelles il est habitué et qui lui prodiguent des soins, qui l’alimentent régulièrement, qui jouent avec lui et qui le console quand il en a besoin, où qu‘il se trouve physiquement.

Exclure le père, lui refuser la résidence alternée et la possibilité pour lui de jouer son rôle éducatif constructif et positif, tous les deux jours, toutes les semaines ou tous les quinze jours, selon l’âge de l’enfant, procède purement et simplement d’une volonté d’éradication du père de la vie de l’enfant, avec toutes les conséquences graves que ce dernier devra subir ensuite sur le plan affectif et psychologique tout au long de sa vie.

Copyrigt SOS PAPA 2003