Témoignage n° 10
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Mon fils va bientôt avoir quatorze ans. Hormis les premiers
jours après sa naissance où il ma été possible de le voir, jai du attendre
treize longues années avant de faire sa connaissance. Nous nous sommes tout de suite
très bien entendus, comme deux êtres chers qui se retrouvent après une séparation
forcée et qui brûlent de rattraper le temps perdu.
Je connaissais à
peine sa mère quand elle ma dit être enceinte. Elle était en terminale à
Valenciennes, moi en Math Sup à Montpellier. Nous avions tout juste dix-neuf ans. Mais
cette situation fort délicate était plus à mes yeux le fruit dune passion
naissante quun accident. Malheureusement, cette passion fut vite emportée par une
tempête de bêtise et de méchanceté, tant et si bien quune fois le bébé parmi
nous, principalement à cause de lirresponsabilité et de la violence de sa mère,
je dus me résoudre à abandonner mon fils à sa mère et à ses parents, tout heureux de
me voir enfin capituler. Quant à moi, admettre léchec fut sans doute beaucoup plus
traumatisant que de continuer à lutter, mais dans lintérêt de mon fils, les
querelles devaient cesser au plus vite.
Je ne reconnus pas
mon fils devant létat civil, comme ma belle-famille me lavait énergiquement
interdit. Je navais déjà pas été prévenu lors de la naissance ni consulté dans
le choix du prénom. Cette exigence nétait que le point dorgue de mon
éradication.
Je ne revis la mère
de mon fils que quatre ans plus tard, début 1989. Notre passion fut encore plus
éphémère et la tempête plus violente. Je neus même pas le droit de voir une
photo de mon fils.
Jécrivis une
lettre en octobre 1992, juste avant de perdre toute trace de mon fils et nobtins une
réponse de sa mère quen janvier 1994. Il venait davoir neuf ans. La lettre
venait de Nice mais lexpéditrice navait pas laissé son adresse.
Début 1998, après
quelques vaines tentatives de recherche, je décidais de madresser au Procureur de
la République. Mais il fallait auparavant reconnaître mon fils. Le jour où javais
retrouver les quelques renseignements nécessaires à cette reconnaissance, le bureau
détat civil était fermé plus tôt pour cause de vacances scolaires. En rentrant
chez moi, je trouvait une lettre de mon fils !
« Cher Papa,
jai décidé de técrire car, à 13 ans, je réalise que jai besoin de
te connaître... » Contrairement à sa mère, mon fils noublia pas de
me laisser son adresse. Depuis ce jour, nous nous téléphonons, nous nous écrivons et
nous voyons le plus possible. Il vit à Monaco.
Hier, après avoir
pour la énième fois subi les frasques de sa mère, sans parler des coups, mon fils
ma appelé pour me dire quil voulait venir habiter avec moi. Sa mère sy
opposa et envisage de le mettre en pension, à mes frais bien entendu. Il me semble que
cette fois, je vais déterrer la hache de guerre. Affaire à suivre
1998 - ean-Marc B
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